jeudi 3 février 2011

Droite et gauche: la fin ?

Je conseille à tous la lecture d'un article très intéressant de Waldgänger sur son blog, qui est un peu long pour être repris ici: « Des clivages politiques, et de leur mort inéluctable  ».
Je ne suis pas d'accord avec ses conclusions pour la période contemporaine, où il écrit que les concepts de droite et gauche ne sont plus pertinents, et je veux préciser ici mon opinion.

Pour un citoyen de droite, toute société comporte des inégalités qui sont une conséquence inévitable, et même bienvenue, de la liberté, qui ne se discute pas; la morale, aussi respectable soit-elle, n'est dans ce domaine au mieux qu'une utopie irréaliste, au pire qu'une faiblesse déplacée. Pour un citoyen de gauche, la morale commande, et ces injustices détestables peuvent et doivent être combattues, fût-ce au prix d'une partie de la liberté pour certains.
Il est clair que la pensée de droite mène tout droit à l'ultralibéralisme en prônant un minimalisme en matière de réglementation, alors que celle de gauche s'élève contre cette loi de la jungle.
Si une partie de la gauche actuelle adopte des idées comme les déréglementations et la mondialisation sauvage, c'est bien qu'elle a rompu avec ses racines humanistes pour s'accorder avec les puissances économiques qui gouvernent de facto.
Pour une illustration de cette pensée de gauche, renvoyons à la belle phrase de Lacordaire :

« Entre le fort et le faible, entre le riche et le pauvre, entre le maître et le serviteur, c'est la liberté qui opprime, c'est la loi qui affranchit

16 commentaires:

emile red a dit…

Il y a une étrange constance dans la rhétorique de droite à vouloir se disculper de son aversion de l'humanisme par une posture simili sociale.

Je ne suis pas loin de penser que toute cette gauche qui s'approche peu à peu de la droite, passée du socialisme à la sociale démocratie avant de rejoindre le libéralisme n'est qu'une affirmation de son appartenance originelle refoulée à cette droite.

D'autant plus que je crois fermement qu'il y a dans la méthodologie de pensée entre droite et gauche un antagonisme bien au delà des idées ou visions politiques.

Leurs bases de réflexion sont diamétralement opposés dans l'approche non pas de la société comme on suppose que devrait être une philosophie politique mais dans la notion différenciée qu'ils ont de l'homme

Ses méthodes de pensée auraient pour acte de départ deux certitudes anthropologiques plus qu'une véritable conception de société.

J'essaierai de te faire un topo moins rudimentaire pour mieux expliquer ma théorie peut-être fumeuse, et c'est peu aisée à mettre en forme... maudit langage.

Philippe Renève a dit…

Oui, Emile, je crois aussi qu'il y a là un vrai fossé philosophique.
Pour la droite les inégalités sociales sont le fruit du mérite et n'ont pas à être remises en cause. Pour la gauche, elles proviennent de la domination de certains hommes sur d'autres, qui est une violence sociale inacceptable.
La gauche considère donc l'homme en lui-même et non en fonction de ses actions; le respect est dû à tous les êtres humains et ne peut être plus ou moins grand selon leurs actes.
A droite, à chacun selon ses mérites; à gauche, à chacun selon ses besoins.
En ce sens on pourrait remplacer droite et gauche par cynisme et humanisme.
Mais la « pensée » de droite n'est le plus souvent qu'un joli masque pour les dominants, qui justifie tout simplement leur domination, comme l'ultralibéralisme n'est qu'un habillage idéologique pour que les citoyens acceptent une politique économique et sociale qui avantage les puissances économiques.

Waldgänger a dit…

Bonsoir vous deux,

Dans ma conception personnelle, les inégalités restent quelque chose de clivant, mais pour moi il faut regarder au delà des discours d'intention. Il y a certes quelque chose qui est de l'ordre du souhait morale dans le camp de la gauche, mais il est contredit par des valeurs dont la gauche se revendique et qui sont plus puissantes, ce qui entraine par conséquence une impuissance très nette de la gauche à lutter contre les inégalités sociales.

Il faut accepter de raisonner en terme de séparation entre la sphère des intentions morales et du discours public d'une part, et celle de la pratique d'autre part. Cette distinction n'est pas loin d'en épouser une autre, celle qui sépare ce qui est de l'ordre de ce qui est clair à soi, assumé, transparent à la conscience morale d'une entité politique et de ceux qui la composent, et d'autre part des manières de pensées qui sont opaques, pas assumées, que l'on pratique, voire que l'on évoque publiquement, mais dont on ne veut pas voir les conséquences, soit en les niant, soit en faisant des contresens sur leurs effets (par exemple la gauche et l'idée de modernité).

Cet article ne pouvait pas être dans mon esprit être conçu sans pendant, qui expliquerait où sont désormais les clivages et lignes de fracture. J'ai des idées à développer et à travailler, et des lectures fructueuses à réunir à nouveau sous le coude. Même si je suis capable de faire déjà un exposé de ces idées, je préfère les garder sous le coude pour le moment, mais cet article sortira de terre, c'est une certitude.

Il y a une copie qui traine en modération dans la marmite de Cybion, je pense que je suis grillé auprès d'eux, je souhaitais me servir d'eux, mais j'ai l'impression qu'ils ne l'entendaient pas de cette oreille.

Philippe Renève a dit…

Bonjour à tous

En effet, Wald, il faut distinguer des pensées, des "morales" sous-tendant un discours politique, et la pratique des hommes.

A droite on défend la liberté pour soi comme les renards défendent la leur, tandis qu'une partie de la « gauche » se prétend humaniste alors qu'elle n'est plus qu'un ramassis de valets des renards.

Ainsi les intentions réelles se cachent-elles derrière des discours optimisés pour une efficacité électorale maximale: en d'autres termes, les menteurs prospèrent...

hks a dit…

Je pense que pour les penseurs dits de gauche la réalité a contredit ce qui à l'origine était la pensée progressiste à savoir celle de Mandeville dans "la fable des abeilles" .
Pas seulement Mandeville mais l'optimisme de bien des lumières des plus généreuses tel Condorcet .
Car à l origine de la modernité les libérateurs ce sont des (ou les ) libéraux .Les partisans d'un ordre réglé d'en haut, ce sont les conservateurs .

Philippe Renève a dit…

Hks, cette vision "libérale" (dans le bon sens) s'est développée en opposition à des Etats très contraignants, et n'a pas vu, en soutenant la primauté de la liberté de l'individu, qu'elle menait nécessairemetn à des inégalités que l'homme moderne ne peut plus accepter.

hks a dit…

cher Philippe
Il vaut quand même mieux être égaux dans une société riche, globalemnt riche, qu' égaux dans une société pauvre .
On sait bien que les pauvres ici en Europe sont nolens volens moins pauvres que les pauvres du Mali voire moins pauvres que les riches de Somali .
Se pose donc le problème de la richesse de la société .
C'est même la question primordiale et sine qua non .

hks

Philippe Renève a dit…

Bonjour à tous

Cher Hks, ni la théorie ni l'histoire ne démontrent qu'une société plus réglementée et plus égalitaire s'enrichit moins qu'une autre...

Pour ne prendre qu'un exemple, la liberté totale pour les entreprises mène à une concentration qui finit par éliminer toute concurrence, qui est pourtant le saint Graal des ultralibéraux, en amenant des oligopoles ou des monopoles qui ne peuvent qu'enchérir le coût des produits pour les ménages.
Il n'est que de voir en France la situation dans les domaines de la téléphonie mobile (4 producteurs), la grande distribution (4 vendeurs) ou le pétrole (une demi-douzaine). Dans tous ces cas, les quelques vendeurs s'entendent comme larrons en foire pour maintenir des prix élevés; les profits retirés sont tels que les énormes amendes parfois infligées ne dissuadent pas les compères de se partager gentiment le gâteau crémeux.

hks a dit…

Cher Philippe

La théorie démontre théoriquement
.En revanche l’histoire montre ce que la théorie produit .C’ est bien le drame de l' ultra libéralisme mais ce fut aussi le drame de Lénine voire celui de Mao . A Chacun de ces deux là de trouver des solutions, qui la NEP qui la révolution culturelle .
La NEP fut abandonnée pour pire et la révolution culturelle pour in fine du mieux , ce qui n’était pas difficile , n importe quelle solution ne pouvait être pire .
.
L’ histoire a montré qu’ une économie excessivement réglementée a enrichi
1) une nomenklatura
2) un complexe militaro industriel
Et finalement n’est pas parvenu à sortit d’un état de pénurie endémique des classes laborieuses.
Je passe sur l’absence totale de préoccupation écologiques .

Je ne vous dis pas que les solutions chinoises sont l’excellence non plus , je pense que la voie heureusement abandonnée était funeste. Quant à la solution russe elle renvoie à tout les inconvénient de l’ultralibéralisme appliqué sans retenue aucune .


Seuls les ultra libéraux prêchent pour une intervention minimale du politique.
Les libéraux classiques ont depuis longtemps envisagé de réglementer ( lois antitrust comme vous le savez bien )
Reste à la sociale démocratie d’ imaginer des procédures de réglementation telles que le soucis d’ égalité des revenus soit satisfait . C’est une question largement technique .
D’ imaginer et d’avoir non seulement le courage mais la stratégie adéquate pour les imposer .

Cela dit rapporté au clivage sur l’ égalitarisme .
Ce clivage n’est pas de mon point de vue le seul .

hks

Philippe Renève a dit…

Voici des exemples de réglementation qui ne seraient ni paralysants ni opprimants, et qui réduiraient les inégalités sans instaurer un régime autoritaire.

Lois anticoncentrations, réglementation très sévère des ententes anticoncurrentielles, renforcement du pouvoir syndical et de la représentation des salariés dans l'entreprise, principalement dans les décisions de gestion ayant un impact sur l'emploi. Réinstaurer une législation comportant une autorisation administrative de licenciement, qui les interdit dans tous les cas où l'entreprise n'est pas en difficulté. Législation sur les délocalisations prohibant les fermetures d'usines bénéficiaires.

Mesures de protection (droits de douane) contre les importations de pays à très bas coûts de main-d'œuvre. Mesures sérieuses de lutte contre les paradis fiscaux (tous échanges prohibés, interdiction pour une société française d'y établir des filiales, etc).
Hausse des prestations sociales, des allocations familiales, amélioration de la couverture santé et chômage.

Hausse de l'impôt sur les bénéfices des sociétés non réinvestis. Baisse de la TVA et hausse de l'impôt sur le revenu, avec des tranches élevées pour les hauts revenus. Hausse des taux de l'ISF pour les grandes fortunes.
Taxes sur les opérations financières, à très faible taux et très large assiette.

Mais pour adopter ces réformes, il faudrait un gouvernement et un parlement qui soient préoccupés de l'intérêt général et pas de celui de leurs commanditaires – j'allais écrire souteneurs.

hks a dit…

.
Un gouvernement social démocrate s' il permet d'atténuer les inégalités va éloigner les classes laborieuses de l'idée de révolution .

Dans les fait les classes laborieuses ne peuvent être opposées à une amélioration de leur condition , pire je les vois mal souhaiter sa dégradation à fin d 'en extraire le ferment de la révolte .
Le travailleur ( et même le chômeur ) est pris dans un double bind : désirer l' amélioration par réformes tout en voyant bien que les réformes l 'éloignent de la position contestataire .
Le travailleur voit bien qu’il est amadoué néanmoins la position réformiste l 'emporte .
Qu’est- ce qui pourrait la lui faire refuser ?
Il faudrait un espoir plus grand ou bien une misère sans remède .Mais quand la réforme réduit plus ou moins la misère il faudrait un espoir plus grand .

La position réformiste l 'emporte, essentiellement par absence de vision eschatologique d 'une société sans classe et sans exploitation .Ce projet, cette utopie , le travailleur ne l'a plus .Il n 'a plus de vue radicale au delà de la révolte .
Il n 'a de vue que sur un système libéral plus ou moins bien règlementé .

bien à vous
hks

Philippe Renève a dit…

Bonjour à tous

En effet, hks, une société sans exploitation n'est plus imaginée, et les remèdes à celle-ci semblent impossibles à mettre en œuvre: la propagande a bien travaillé.

emile red a dit…

Je crois qu'il est aussi vain de parler du désir d'une classe sociale comme il est vain de croire qu'un discours général analysant le vécu à l'aune des faits ponctuels pourrait définir la volonté de révolte ou d'apathie.

Une population est versatile, les générations changent très rapidement et leurs approches politiques, sociales ou philosophiques (quand elles en ont) sont aussi variées qu'il y a d'éléments les composant et les évènements combinatoires sont les seuls maîtres de l'attitude des peuples..

Cette idée de l'homme immuable occupant une seule place avec telle qualité définitive n'est qu'une construction intellectuelle dans la droite ligne de la pensée globalisante directement issue des concepts libéraux et ultra-libéraux, le principe du en dedans/en dehors, la synthèse économique et politique du bien et du mal, la notion de liberté portée au paroxysme qu'est la dictature.

Cette idée est portée aussi bien à droite qu'à gauche entretenue de concert pour masquer leur impéritie respective, la seule différence qui les sépare consiste à, pour les uns, donner aux actions une justification morale et pour les autres afficher une morale intangible pour guider le choix de l'action.

Les premiers sont des truqueurs impénitents qui ne défendent aucune vision philosophie puisqu'ils agissent en perpétuelle urgence, les seconds sont stratifiés dans une réflexion moniale permanente qui évapore la pensée et en définitive l'action.

Philippe Renève a dit…

Emile développe ses idées dans l'article qu'il a écrit ici.

hks a dit…

à Emile red
Si je vous résume , il y aurait les premiers et puis les seconds et enfin les troisièmes qui eux comprendraient très bien à la fois les premiers et les seconds,à tout le moins assez bien pour s' autoriser à traiter les premiers de truqueurs les seconds d'évaporés .
Ces troisièmes auraient tout compris et seraient susceptibles d 'éclairer ma lanterne .

emile red a dit…

Hks,

Il n'y a pas trois tableaux différents, il y a le diptyque politique droite/gauche et la société avec ses aléas ni tout blanc ni tout noir.

Il est bien évident que chaque citoyen dans ses particularités, a le droit et même le devoir de tout comprendre ou tout au moins d'essayer. Nous ne sommes pas encore des larves au service d'une caste supérieure qui régirait nos vies selon ses préceptes manichéens.
Enfin j'espère...